Le logement comme prémisse à un état de santé meilleur

Le logement comme prémisse à un état de santé meilleur

Le « housing first » ou « un toit d’abord »

La Constitution genevoise impose à l’État [de prendre] les mesures permettant à toute personne de trouver, pour elle-même et sa famille, un logement approprié à des conditions abordables (art. 178 al. 1).

Cependant, force est de constater que des personnes n’arrivent pas à entrer dans les dispositifs médico-sociaux et vivent à la rue ou à l’hôtel. L’exclusion, la précarité, la rupture d’une trajectoire de vie, la maladie mentale ou la dépendance aux psychotropes sont souvent liés à ces situations douloureuses. Elles n’ont pas accès aux diverses prestations ; malgré le fait que des institutions et des associations genevoises proposent des structures d’urgence, des logements temporaires ou relais, des lieux résidentiels de traitement ou, dans le cas de la santé mentale des lieux de vie collective ; de même, les services de soins proposent des suivis ambulatoires, hospitaliers ou à domicile.

Plusieurs de ces entités évoluent pour suivre les besoins d’une population en augmentation et dont les problèmes changent. Par exemple, un EMS accepte des personnes souffrant de maladie psychique chronique hors âge AVS ; l’Imad a inclus dans ses équipes des infirmier-ères en psychiatrie ; Argos évolue vers des concepts de prise en charges axés sur la réduction des risques plutôt que sur l’abstinence ; des hébergements d’urgence ont ouvert durant l’été.

Pourquoi parler du « housing first » ? Car certaines des logiques d’accès au logement en vigueur doivent changer.

A Los Angeles en 1988, Tanya Tull propose un toit aux familles avec enfants sans domicile. En 1992 à New-Yord, Sam Tsemberis initie un programme visant des consommateurs-trices de psychotropes et sans domicile fixe. Le grand changement apporté par le « housing first » est que le logement est fondamental, prioritaire et doit être octroyé sans ou avec le moins de conditions possibles. En Suisse, y compris à Genève, malgré sa Constitution, il est attendu que la personne aidée montre une évolution même si elle est encore sans domicile fixe. Elle doit avoir « ses papiers », suivre une thérapie ; en gros donner des garanties d’ « amélioration » pour initier une démarche en vue de l’obtention d’un logement ; l’obligation d’une demande ou l’obtention d’une rente AI est souvent la mesure impérative.

Les programmes «housing first » minimisent tant que faire se peut le renforcement de la marginalisation et l’exclusion ; les conditions exigées sont minimales. Même si historiquement, ces programmes étaient dédiés aux personnes sans abris et dépendantes aux psychotropes, ils sont actuellement plutôt dédiés à des personnes souffrant de problèmes psychiques (les dépendances pouvant être un des problèmes) et vivant dans la précarité (sans domicile fixe).

Le programme est conduit par une équipe pluridisciplinaire : travailleur-se sociale, psychologue, médecin psychiatre, infirmier-ère, logisticien-ne, etc. Le maintien d’une relation avec cette équipe et le respect des règles de co-habitation sont en principe les seules conditions de l’obtention du logement.

Aucune thérapie, activité sociale ou d’insertion professionnelle n’est conditionnée au maintien dans le programme ; cela viendrait alimenter des critères de renvoi du programme. La stabilisation (sécurisation) de la situation représente la base de travail de l’équipe. Les autres évolutions sont dans les mains des personnes logées, dans les choix qu’elles feront petit à petit à leur rythme tant dans les domaines de leur santé, de leur famille, de leur insertion.

Les nombreux programmes menés tant aux États-Unis d’Amérique qu’en Europe comme par exemple « Un chez soi d’abord » mené en France dans quatre villes (Marseille, Toulouse, Lille, Paris) ont été évalués.

Sans occulter les difficultés rencontrées par ces programmes surtout liées à l’insertion dans l’habitat ordinaire, les impacts sur les personnes logées sont très largement décrits comme positifs : diminution du recours aux services d’urgence et d’hospitalisation, réduction de la consommation et abus de substances (alcool, psychotropes, médicaments, etc), sécurité ressentie comme une aide au changement, réductions des coûts globaux médicaux et sociaux, meilleur taux de rétention que dans des structure exigeantes, meilleure qualité de vie ressentie, meilleur maintien dans les traitements médicaux, etc.

Il est temps qu’à Genève, ce type d’approche se généralise.