Le féminisme, réponse aux inégalités sociales

Le féminisme, réponse aux inégalités sociales

Des plus petits villages aux villes les plus animées, de l’agriculture aux industries de pointe, les femmes s’emparent des rôles qui leur reviennent, que ce soit en tant qu’entrepreneuses ou dirigeantes syndicales, ouvrières ou cultivatrices des denrées qui nourrissent le monde(1).

En Suisse, même si les mouvements féministes débutent au XIXe siècle, il a fallu que des initiatives individuelles surgissent et se collectivisent, se conceptualisent pour que les inégalités sociales de genre apparaissent comme une réalité de notre pays(2). La grève du 14 juin 1991 a créé une base visible de ces inégalités criantes liées au genre ; elle a permis de diffuser de l’information et de conscientiser les femmes vivant en Suisse, ainsi que tout le reste de la population.

Avant même le 14 juin 2019, La Grève est déjà devenue un événement clé pour augmenter la pression et demander des changements rapides. Toutes les actions qui émergent de ce mouvement donnent aux femmes (comme aux hommes) l’opportunité de mieux reconnaître ces inégalités, d’imaginer, ainsi que de revendiquer une nouvelle prise en compte des femmes.(3)

L’inégalité sociale, définie sur le fond comme une différence objectivable d’accès aux ressources (bien matériel, législation, prestations de services) est vécue comme une situation d’injustice (individuellement et collectivement). La différence biologique de genre n’est pas une inégalité en soi, il faut qu’elle se conjugue avec un accès différencié aux ressources d’une société pour qu’elle devienne source d’inégalité. Les inégalités liées au genre sont en plus souvent liées à d’autres inégalités comme celles dues à l’âge, au statut familial, la nationalité, la couleur de peau, le niveau économique, social et de formation.  De plus, dans la majorité des études, le genre est défini de manière binaire (femme/homme), alors que la réalité est nettement plus complexe avec beaucoup plus de catégories à prendre en compte : LGBTQI+(4).

Les domaines d’inégalité sociale liée au genre sont vastes : accès à la formation, sécurité sociale, choix de l’activité professionnelle, conciliation emploi et famille, travail non rémunéré, rémunération du travail professionnel-salaire, travail éducatif, sécurité sociale, politique, violence domestique, santé, pouvoir, avoirs.

L’Office fédéral des statistiques fournit des données à ce sujet(5). Mis à part l’accès aux formations secondaires et tertiaires qui a augmenté en terme de proportion de femmes, les autres sujets répertoriés seront l’occasion de luttes à venir pour tendre à une meilleure égalité. Citons notamment l’entrée dans la vie professionnelle qui limite encore les domaines réservées aux femmes, la difficulté de conciliation entre vie familiale, travail domestique et emploi, salaire inégal pour un même travail, écart plus important pour les bas revenus, pas de reconnaissance pour le travail informel des femmes (éducation enfants, gardes entre voisines, soins aux proches), accès aux postes à responsabilité en politique et dans les entreprises.

Prenons encore l’exemple des violences domestiques qui touchent majoritairement les femmes. Violences domestiques qui aboutissement actuellement à 27 décès chaque année(6) ! La législation de protection contre la violence domestique existe, mais son application est encore lacunaire et surtout, ces lois ne sont pas prioritaires sur d’autres lois (loi sur les étranger.ère.s) ou règlements. Une femme sans statut légal ou ayant un permis de séjour rattaché à celui de son mari (Suisse ou étranger) ne peut pas porter plainte sans encourir le risque de se voir expulser de Suisse. Les tribunaux qui instruisent des procédures pour violence domestique doivent dénoncer la personne sans statut au Service des étrangers ! Souvent les victimes qui réussissent à sortir du processus de la violence n’ont plus rien et les lieux de mise en sécurité manquent.

Les Socialistes (acronyme non genré) s’engagent fortement dans ce mouvement de protestation pour promouvoir l’égalité des genres. Nous les femmes sommes la majorité de la population et nous exigeons d’avoir une place représentative dans la société et dans son fonctionnement ! A ce titre, comme socialistes, il nous revient de poursuivre le combat bien au-delà du du 14 juin et stimuler les réformes et les révolutions à venir.

2 1865-Fédération ouvrière suisse, 1891-Alliance des sociétés féminines suisses

3 Manifeste pour la Grève féministe et des femmes 14 juin 2019 (https://frauenstreik2019.ch/wp-content/uploads/2019/01/manifeste_greve-14.06.19.pdf )

4 Personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transsexuelles, transgenres, queers, intersexes, asexuelles et alliées.

6 OFS 2017 : Femmes lésées 77 % (partenaire) 78 % (ex-partenaire) / 2009-2018 : 74,7 % des 249 décès sont des féminicides