Réchauffement climatique : quelles actions urgentes pour la Suisse ?

Réchauffement climatique : quelles actions urgentes pour la Suisse ?

Les activités humaines sont responsables d’environ 1°C du réchauffement planétaire en dessus des températures relevées à la période pré-industrielle. Le réchauffement mondial sera de 1.5°C supplémentaire entre 2030 et 2052 si rien ne change(1,2).

Il est urgent de démarrer ou d’accélérer les mesures suivantes :

  1. Réduire massivement le trafic automobile privé (mesure prioritaire et à court terme(3))
    Favoriser le transfert modal vers des transports collectifs et les moyens de locomotion non motorisés par des offres financièrement incitatives, en clair la diminution du prix des billets des transports publics. La réduction de l’espace disponible aux véhicules privés permettant une augmentation de l’espace pour les transports en commun et les véhicules non motorisés est également assez simple techniquement à mettre en œuvre. C’est essentiellement une question de priorité politique.Ces mesures, assez simples à mettre en œuvre, rencontrent encore de nombreuses résistances de la part des élu·e·s de la majorité bourgeoise.
  2. Supprimer l’usage des combustibles fossiles (mesure à moyen et long terme)
    Les analyses annuelles fournissent des informations sur les facteurs déterminants pour l’évolution de la consommation d’énergie(4). Entre autre, entre 2000 et 2017, la population résidente moyenne a augmenté de 16.8 %. Au total, la surface de référence énergétique s’est agrandie de 24.3 %, et celle des bâtiments résidentiels de 29.7 %. Le parc de véhicules à moteur a augmenté (+32 %), Ces effets de quantité, pris individuellement, ont conduit à une hausse de la consommation énergétique. Les facteurs techniques et politiques ont eu tendance à réduire les effets des facteurs de quantité sur la demande, mais ne les ont pas totalement compensés. Il importe d’en faire plus et surtout plus rapidement.
  3. Réduire le gaspillage de nourriture produite (mesure à court terme)
    En Suisse, un ménage jette jusqu’à 100kg de denrées par an et par habitant. En cause: des achats compulsifs, une estimation approximative des besoins, un manque d’idées pour apprêter les restes, une mauvaise interprétation des dates limites… Or en gérant judicieusement ses provisions, un ménage de quatre personnes peut économiser jusqu’à 2000 fr. par an(5).
  4. Diminuer de 33% la consommation de viande (mesure à moyen terme)
    En Suisse, 431’760 tonnes de viande (poids à la vente, hors poissons et crustacés ont été consommé en 2016(6,7), soit approximativement 51 kg/hab (50 kg en 2017), soit une diminution d’environ 5 % en 20 ans. Un peu plus de 80 % de la consommation est indigène.La diminution proposée tient compte de l’augmentation de la population et de la quasi impossibilité d’augmenter encore la productivité en Suisse, productivité qui est déjà largement supérieure à celles des pays limitrophes.

Figure 1: Evolution de la température en Suisse (1864-2018)

En Suisse, la température moyenne annuelle a augmenté d’environ 2 °C (état en 2018) depuis 1864, la plus grande partie de l’augmentation s’étant manifestée ces dernières décennies. Ces changements ne peuvent s’expliquer que par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Afin de limiter le réchauffement en Suisse, de fortes réductions des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont nécessaires(8).

Les messages clés des auteurs de CH2018 : « Les scénarios climatiques CH2018 montrent où et comment le changement climatique affecte le territoire suisse et ce que les efforts mondiaux pour la protection du climat peuvent faire pour l’atténuer. Les conséquences prévisibles d’un changement climatique effréné pour la Suisse sont davantage de jours tropicaux, d’étés secs, de fortes précipitations et d’hivers peu enneigés. Toutefois, les efforts mondiaux en faveur de la protection du climat peuvent atténuer considérablement le changement climatique. »(9) En clair, les recommandations exprimées dans le rapport du GIEC(10) sont à prendre très au sérieux. Il vaut la peine de mettre en œuvre toutes les actions possibles pour diminuer les causes du réchauffement climatique.

 En Suisse, la principale cause étant l’émission des gaz à effet de serre (47.24 millions de tonnes équivalent CO2 en 2017, dont 36.7 pour l’énergie y compris transports intérieurs, 6 pour l’agriculture, 5 pour le transport aérien international, 4 pour les processus industriels)(11). La statistique CO2 2018 montre que si les émissions liées aux combustibles poursuivent leur diminution, celles liées aux carburants stagnent(12).

En Suisse, l’agriculture participe à hauteur de 8 % aux émissions des gaz à effet de serre. Des efforts au niveau de l’agriculture et de l’alimentation, qui, même si elles auront un impact relativement faible au niveau mondial, doivent être entrepris, ne serait-ce que pour des raisons de crédibilité et d’exemplarité de la Suisse(13).


1 Une version longue de ce texte est diponible sur : https://dominique.hausser.ch/Rechauffement-climatique-dans-le.html

3 Court terme : 2-5 ans, moyen terme : 10-15 ans, long terme : 15 ans et plus

10 Climate Change 2015, AR5 Synthese Report (https://www.ipcc.ch/report/ar5/syr) et Global Warming of 1.5°C, IPCC special report (https://www.ipcc.ch/sr15)